Avis nº1/2009 (Viet Nam)
Communication adressée au Gouvernement le 14 octobre 2008.
Concernant: M. Nguyen Hoang Hai (alias Dieu Cay), M. Nguyen Van
Ha, M. Nguyen Viet Chien, M. Truong Minh Duc, M. Pham Van Troi, M.
Nguyen Xuan Nghia, Mme Pham Thanh Nghien, M. Vu Hung, Mme Ngo Quynh
et M. Nguyen Van Tuc.
L'État est partie au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques.
1. (Voir le paragraphe 1 de l'Avis nº 17/2008.)
2. Le Groupe de travail remercie le Gouvernement
de lui avoir fourni des informations concernant les allégations de
la source en temps utile et bien avant la cinquante-quatrième
session, pendant laquelle le présent avis a été adopté. Le Groupe
de travail a transmis la réponse du Gouvernement à la source, dont
il n'a pas reçu les observations à ce sujet.
3. (Voir le paragraphe 3 de l'Avis nº 17/2008.)
4. Les affaires sont résumées ci-après telles
qu'elles ont été exposées au Groupe de travail.
5. M. Nguyen Hoang Hai (alias Dieu Cay), l'un des
membres fondateurs du Club des journalistes libres (Can Lac Bo Nha
Bao Tu Do), a été arrêté par des policiers le 19 avril 2008 dans la
ville de Dalat. Avant de l'arrêter, la police l'avait convoqué 15
fois pour interrogatoire.
6. M. Hoang Hai, qui est un auteur et «blogueur»
utilisant l'Internet, a affiché sur le Web un certain nombre
d'articles plaidant en faveur des droits de l'homme et de réformes
démocratiques, et notamment des articles contestant les
revendications chinoises sur les archipels des Spratly (Truong Sa)
et des Paracel (Hoang Sa), sur lesquelles le Viet Nam et la Chine
revendiquent la souveraineté. En janvier 2008, M. Hoang Hai et
d'autres militants ont déployé des banderoles devant l'opéra d'Hô
Chi Minh-Ville dénonçant les revendications chinoises sur les îles
en litige. M. Hoang Hai a été arrêté un peu avant l'arrivée à Hô
Chi Minh-Ville de la torche des Jeux olympiques de Beijing,
événement qui - les autorités vietnamiennes y tenaient absolument -
ne devait donner lieu à aucune manifestation.
7. Le 10 septembre 2008, M. Hoang Hai a été
condamné à une peine d'emprisonnement de 30 mois par un tribunal
d'Hô Chi Minh-Ville à l'issue d'un procès à huis clos. Il a été
accusé d'évasion fiscale concernant un bien locatif dont il est le
propriétaire. Ses avocats ont fait valoir que c'est le locataire,
et non leur client, qui devait acquitter les arriérés d'impôts sur
le bien en question, car le bail prévoit que l'impôt foncier est à
la charge du locataire, ce que la loi vietnamienne autorise.
8. La source a également indiqué que les agents
qui ont arrêté M. Hoang Hai appartenaient au Département de la
sécurité intérieure et du contre-espionnage (Cue An Ninh Noi Chinh
et Cue Phan Gian) du Ministère de la sécurité publique à Hô Chi
Minh-Ville. Selon la source, ce département est essentiellement
responsable du suivi des affaires politiques et des interventions
dans ce type d'affaires. La source affirme que l'inculpation
d'évasion fiscale a été un prétexte non fondé pour sanctionner M.
Hoang Hai pour son militantisme politique.
9. La source considère que M. Nguyen Hoang Hai a
été privé de liberté pour avoir exercé les droits ou libertés
garantis par la Déclaration universelle des droits de l'homme et le
Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
10. Selon la source, M. Nguyen Van Hai, un
journaliste qui travaillait pour Tuoi Tre (Magazine de la
jeunesse) et M. Nguyen Viet Chien, un journaliste qui travaillait
pour Thanh Men (Les jeunes), ont été arrêtés pour avoir
rendu compte d'un scandale de corruption retentissant auquel
étaient mêlés plusieurs hauts responsables. Il a été signalé que
les deux journalistes ont été arrêtés le 13 mai 2008 et accusés de
«falsification d'informations et (d') abus de pouvoir». Leur
arrestation est intervenue exactement deux mois après que l'un des
principaux suspects dans l'affaire de corruption, le Vice-Ministre
des transports Nguyen Viet Tien, eut été subitement acquitté sous
tous les chefs d'accusation et remis en liberté faute de
preuves.
11. Les deux journalistes ont été placés en
détention pour une durée de deux mois aux fins de l'enquête. En
juillet 2008, le Gouvernement a prolongé leur détention de deux
mois. MM. Van Hai et Viet Chien n'ont pas été libérés et risquent
de voir leur détention durer. En vertu du Code de procédure pénale,
la durée de la détention aux fins d'enquête ne doit pas dépasser
quatre mois, à la fin desquels les accusés doivent être soit
inculpés, soit libérés. Toutefois, cette période de quatre mois
peut être prolongée quatre fois dans le cas d'atteintes à la
sécurité nationale (c'est-à-dire que cette détention peut durer au
total 20 mois), après quoi le Procureur général est habilité à
appliquer «d'autres mesures dissuasives» (art. 120 du Code de
procédure pénale).
12. M. Truong Minh Duc, a journaliste indépendant,
a été arrêté en mai 2007 et condamné à une peine d'emprisonnement
de cinq ans le 18 juillet 2008 à l'issue d'un procès qui s'est
déroulé dans la province méridionale de Kien Giang. Il a été
indiqué que M. Minh Duc a été inculpé «d'avoir profité des libertés
et droits démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de
l'État» (art. 258 du Code pénal). Son avocat a déclaré que M. Duc
«écrivait au sujet des difficultés de la population rurale, de la
corruption, de l'absence d'honnêteté gouvernementale et des
obstacles auxquels les paysans se heurtaient dans la province de
Kien Giang», et a ajouté que son client avait été forcé de signer
des aveux. La santé de M. Minh Duc s'est dégradée en raison de la
dureté de ses conditions de détention.
13. La source considère que MM. Nguyen Van Hai,
Nguyen Viet Chien et and Truong Minh Duc ont été privés de liberté
pour avoir exercé les droits et libertés que garantissent la
Déclaration universelle des droits de l'homme et le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques.
14. M. Pham Van Troi, un membre du Comité des
droits de l'homme au Viet Nam, a été arrêté à Hanoi le 10 septembre
2008. M. Nguyen Xuan Nghia a été arrêté à son domicile de Haiphong
le 11 septembre 2008. Mme Pham Thanh Nghien a été arrêtée à son
domicile de Haiphong par 10 policiers le 11 septembre 2008 et
emmenée à Hanoi pour y être interrogée.
15. En juin 2008, les autorités municipales de
Hanoi ont rejeté une demande présentée par ces trois personnes
tendant à organiser une manifestation pour protester contre la
présence de la Chine sur les îles Paracel et Spratly. Mme Pham
Thanh Nghien a été temporairement libérée après avoir été
interrogée, mais a été arrêtée de nouveau à son domicile de
Haiphong le 18 septembre 2008. Elle est détenue avec d'autres
militants à la prison ?14 (Thanh Liet), près de Hanoi, et a été
accusée de «faire de la propagande contre la République socialiste
du Viet Nam» (art. 88 du Code pénal).
16. M. Vu Hung a été arrêté à son domicile de la
province de Ha Tay le 11 septembre 2008. Il a été temporairement
libéré après avoir été interrogé, mais a été arrêté de nouveau à
son domicile le 18 septembre 2008. Il a été renvoyé de son poste de
professeur de physique dans un établissement d'enseignement
secondaire en raison des contacts qu'il aurait eus avec des
militants pour la démocratie au Viet Nam.
17. Mme Ngo Quynh a été arrêtée à Hanoi le 10
septembre 2008 alors qu'elle se rendait à la paroisse de Thai ha,
où se tenait un rassemblement de masse de catholiques venus
protester contre les politiques gouvernementales.
18. M. Nguyen Van Tuc a été arrêté le 11 septembre
2008 à son domicile de la province de Thai Binh lors d'une descente
de police effectuée à minuit.
19. Selon la source, les arrestations de M. Pham
Van Troi, de M. Nguyen Xuan Nghia, de Mme Pham Nghien Thanh, de M.
Vu Hung, de Mme Ngo Quynh et de Mr Nguyen Van Tuc seraient liées à
une manifestation qui devait se dérouler le 14 septembre 2008
devant l'ambassade de la République populaire de Chine à Hanoi.
Cette date marquait le 50e anniversaire d'une note diplomatique
signée par l'ancien Premier ministre nord-vietnamien Pham Van Dong
et reconnaissant la souveraineté de la Chine sur les îles Paracel
et Spratly. Il a été signalé que la police avait pris des mesures
de contrôle très strictes à Hanoi afin de prévenir tout
rassemblement.
20. La source considère que M. Pham Van Troi, M.
Nguyen Xuan Nghia, Mme Pham Nghien Thanh, M. Vu Hung, Mme Ngo Quynh
et M. Nguyen Van Tuc ont été privés de liberté pour avoir exercé
les droits et libertés que garantissent la Déclaration universelle
des droits de l'homme et le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques.
21. Le 12 janvier 2009, le Gouvernement a
communiqué sa réponse au Groupe de travail, qui contenait les
informations exposées ci-après.
22. Nguyen Hoang Hai, alias le blogueur Dieu Cay,
est né en XXXX et réside à Hô Chi Minh-Ville. Il a été condamné à
une peine d'emprisonnement de 30 mois par le Tribunal populaire du
3e district d'Hô Chi Minh-Ville le 10 septembre 2008. Il a été
reconnu coupable d'évasion fiscale conformément à l'article 161 du
Code pénal. Le procès a été public: il ne s'est pas déroulé à huis
clos comme il a été mentionné.
23. Nguyen Van Hai est né en XXXX et réside à
Hanoi. Il avait été journaliste pour le magazine Tuoi
Tre.
24. Nguyen Viet Chien est né en XXXX et réside à
Hanoi. Il avait été journaliste pour le journal Thanh
Nien.
25. Des actions en justice ont été intentées
contre ces deux ex-journalistes inculpés d'«abus de fonctions et de
pouvoir dans l'accomplissement de leur mission officielle»
conformément à l'article 281 du Code pénal. Ils ont été arrêtés et
placés en détention provisoire le 12 mai 2008. Le Tribunal
populaire de Hanoi les a jugés en audience publique les 14 et 15
octobre 2008. En application du paragraphe 2 de l'article 258 du
Code pénal, Nguyen Van Hai a été condamné à 24 mois de rééducation
sans détention et Nguyen Viet Chien a été condamné à deux ans
d'emprisonnement.
26. Truong Minh Duc est né en XXXX et réside dans
la province de Kien Giang. Le 5 mai 2007, il a été arrêté et placé
en détention provisoire. Le 28 mars 2008, le Tribunal populaire de
la province de Kien Giang a jugé Truong Minh Due en première
instance et l'a condamné à une peine d'emprisonnement de cinq ans.
Le 18 juillet 2008, le même tribunal l'a rejugé et a décidé de
reprendre le verdict du premier procès. Truong Minh Duc, ainsi que
Nguyen Van Hai et Nguyen Viet Chien avaient intentionnellement
abusé de leurs fonctions, de leur pouvoir et du droit à la liberté
pour mener des activités portant atteinte aux intérêts légitimes de
l'État, des organisations et des autres citoyens. Leurs activités
enfreignaient le Code pénal.
27. Pour ce qui est des affaires concernant M.
Pham Van Troi (né en XXXX, résidant à Hanoi), M. Nguyen Xuan Nghia
(né en XXXX, résidant à Haiphong), Mme Pham Thanh Nghien (née en
XXXX, résidant à Haiphong), M. Vu Hung (né en XXXX, résidant à
Hanoi), Mme Ngo Quynh (née en XXXX dans la province de Bac Giang,
résidant provisoirement à Hanoi) et M. Nguyen Van Tuc (né en XXXX,
résidant dans la province de Thai Binh), ces personnes ont été
placées en détention provisoire et les autorités compétentes
procèdent aux enquêtes devant permettre d'identifier les activités
illégales de chacune d'entre elles.
28. Toutes les personnes susvisées sont
soupçonnées d'avoir violé les lois en vigueur au Viet Nam.
L'arrestation, le placement en détention provisoire et
l'instruction ont été effectués selon les modalités fixées par la
législation vietnamienne et d'une façon conforme à la pratique
internationale. Le Gouvernement déclare avec force qu'il n'existe
pas de cas de détention arbitraire au Viet Nam. Seules les
personnes qui violent la loi sont arrêtées, placées en détention et
jugées selon la procédure fixée par la loi.
29. Le Groupe de travail déplore que la source
n'ait pas présenté de commentaires sur les informations fournies
par le Gouvernement bien qu'elle ait été invitée à le faire.
Néanmoins, il estime être en mesure de rendre un avis sur les faits
et circonstances des causes, compte tenu de toutes les informations
à sa disposition.
30. La source a indiqué que M. Nguyen Hoang Hai a
été arrêté le 19 avril 2008 et condamné à une peine
d'emprisonnement de 30 mois le 10 septembre 2008. Dans sa réponse,
le Gouvernement a confirmé cette condamnation ainsi que sa date,
mais sans confirmer que l'intéressé a été arrêté le 19 avril 2008
et sans expliquer pourquoi il a été détenu pendant près de cinq
mois avant son procès. La question de savoir pourquoi la police l'a
convoqué 15 fois pour interrogatoire avant son arrestation demeure
sans réponse. Si les accusations portées contre lui étaient liées à
une évasion fiscale concernant un bien locatif, les agents du
Département de la sécurité intérieure et du contre-espionnage du
Ministère de la sécurité publique qui ont procédé à son arrestation
n'auraient dû jouer aucun rôle dans cette affaire.
31. En considération de la date à laquelle, au
dire de la source, M. Hoang Hai a été arrêté et de ses activités
journalistiques et politiques préalables à son arrestation,
activités dont le Gouvernement n'a pas contesté le caractère
pacifique et légitime, ainsi que du fait que le Gouvernement n'a
fourni aucune raison motivant valablement son arrestation, le
Groupe de travail conclut que la détention de M. Nguyen Hoang Hai
est arbitraire. Elle relève de la catégorie II des critères
applicables à l'examen des cas soumis au Groupe de travail, en tant
qu'elle représente une tentative pour décourager l'intéressé
d'exercer ses droits à la liberté d'opinion et d'expression et de
réunion pacifique.
32. Dans sa réponse, le Gouvernement a confirmé
que M. Nguyen Van Hai et M. Nguyen Viet Chien ont été arrêtés le 12
mai 2008 (la source a indiqué qu'ils l'ont été le 13 mai 2008) et
condamnés le 15 octobre 2008. En vertu du Code de procédure pénale,
la période de détention aux fins d'enquête ne doit pas dépasser
quatre mois; à la fin de cette période, toute personne placée en
détention avant jugement doit être inculpée ou libérée, à moins que
les accusations ne se rapportent à une infraction commise contre la
sécurité nationale.
33. Le Groupe de travail déplore que le
Gouvernement n'ait pas jugé utile de lui indiquer si les deux
journalistes ont été inculpés à l'expiration de la période maximale
de détention provisoire, qui est de quatre mois en règle générale,
ou si l'infraction commise relève, en vertu de l'article 281 du
Code pénal, de la catégorie des infractions à la sécurité
nationale, ce qui permettrait de prolonger légalement la période de
détention provisoire, comme la source l'a indiqué. Par ailleurs, le
Gouvernement ne fournit au Groupe de travail aucune information sur
les raisons qui ont conduit à condamner M. Van Hai et M. Viet Chien
pour l'infraction d'«abus de fonctions et de pouvoir dans
l'accomplissement de leur mission officielle». Le Groupe de travail
n'a pas la moindre idée de la manière dont les prévenus ont commis
un abus de fonctions ou de pouvoir ni du type de mission officielle
qu'ils accomplissaient, et ignore si les accusations de
«falsification d'informations», dont la source a fait état, ont été
retirées.
34. De plus, aux fins du paragraphe 3 de l'article
19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques,
le Gouvernement ne fournit aucun élément permettant de justifier la
détention aux fins d'enquête en rapport avec des activités qui
relèvent tout à fait du droit à la liberté d'opinion et
d'expression, à savoir le fait pour M. Van Hai et M. Viet Chien de
rendre compte, dans l'exercice de leurs fonctions de journalistes,
d'un cas de corruption au sein du Gouvernement, ainsi que la
sanction pénale ultérieure de ces activités. Le Gouvernement se
contente d'indiquer d'une manière générale que les mesures prises
l'ont été d'une manière conforme à la législation nationale et à la
pratique internationale.
35. Le Groupe de travail en conclut que la
détention de M. Ngyuen Viet Chien est arbitraire, en ce qu'elle
résulte de l'exercice légitime du droit que lui garantissent les
articles 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme et
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et
relève de la catégorie II des critères applicables à l'examen des
cas soumis au Groupe de travail. Il en va de même pour la détention
arbitraire de M. Ngyuen Van Hai, qui a duré entre le moment de son
arrestation, le 12 mai 2008, et sa libération préalable à sa
«rééducation sans détention», qui a probablement eu lieu le 15
octobre 2008, date à laquelle le verdict a été rendu, ou peu de
temps après.
36. Le Groupe de travail rappelle sa délibération
nº 4 sur les «mesures de rééducation par le travail»,10
dans laquelle il a, notamment, considéré que les mesures
administratives de coercition prises sous la forme de travail
forcé, dont l'objectif est non seulement la réinsertion
professionnelle, mais, et surtout, la rééducation politique et
culturelle par le biais de l'autocritique, rendent par définition
arbitraire la privation de liberté. Si, toutefois, comme en
l'espèce, la «rééducation» ne s'effectue pas dans le cadre d'une
détention, le Groupe de travail ne peut exprimer d'opinion, encore
que le caractère coercitif de la mesure imposée à M. Van Hai incite
à douter sérieusement de sa conformité avec le droit à la liberté
d'opinion et d'expression.
37. Sur la base des informations dont il dispose,
le Groupe de travail conclut que le cas de M. Truong Minh Duc est
un cas particulièrement grave de détention arbitraire qui relève de
la catégorie II des critères applicables à l'examen des cas soumis
au Groupe de travail. Dans son Avis nº 1/2003 (Viet Nam), ce
dernier a réaffirmé que, «[s]'agissant de la violation de la
législation nationale invoquée par le Gouvernement, le Groupe de
travail rappelle que, conformément à son mandat, il doit s'assurer
que la loi nationale est conforme aux dispositions internationales
pertinentes énoncées dans la Déclaration universelle des droits de
l'homme ou dans les instruments juridiques internationaux
pertinents auxquels l'État intéressé a adhéré. Donc, même si la
détention est conforme à la législation nationale, il doit
s'assurer qu'elle est aussi conforme aux dispositions pertinentes
du droit international.»11
38. Les dispositions législatives de portée trop
générale qui, tel l'article 258 du Code pénal, érigent en
infraction pénale le fait de «profiter des libertés et droits
démocratiques pour porter atteinte aux intérêts de l'État» sont par
définition incompatibles avec les droits et libertés garantis par
la Déclaration universelle des droits de l'homme et par le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques, auquel le
Viet Nam est un État partie. Dans sa réponse, le Gouvernement
n'essaie pas de concilier l'article 258 du Code pénal avec le droit
à la liberté d'opinion et d'expression, applicable dans le cas de
M. Minh Duc, et ne conteste pas l'allégation de la source selon
laquelle M. Minh Duc, qui est journaliste, ne faisait que rendre
compte d'affaires publiques dans la province méridionale de Kien
Giang. La condamnation pénale que lui a valu cette activité
constitue une détention arbitraire relevant de la catégorie II.
39. La longueur de la détention provisoire de M.
Minh Duc, qui a duré plus d'un an et dont le Gouvernement n'a
fourni aucune explication, et la lourde peine de cinq ans de prison
qui lui a été infligée accentuent encore le caractère arbitraire de
sa détention. Étant donné que la source n'a pas étayé son
allégation selon laquelle M. Minh Duc a été forcé de signer des
aveux, le Groupe de travail ne peut pas conclure qu'il y a eu
également une grave violation de son droit à un procès équitable,
ce qui, en outre, conférerait à sa détention un caractère
arbitraire au sens de la catégorie III des critères applicables à
l'examen des cas qui lui sont soumis.
40. La réponse du Gouvernement ne confirme ni les
dates ni les raisons de l'arrestation de M. Pham Van Troi, de M.
Nguyen Xuan Nghia, de Mme Pham Thanh Nghien, de M. Vu Hung, de Mme
Ngo Quynh et de M. Nguyen Van Tuc. La source a indiqué que ces
personnes ont été arrêtées les 10 et 11 septembre 2008 (ou arrêtées
de nouveau après avoir été initialement libérées le 18 septembre),
toutes en rapport avec une manifestation qui devait se dérouler le
14 septembre 2008. On peut en déduire, premièrement, que toutes ces
personnes avaient, à la date de la réponse du Gouvernement, été
détenues sans jugement pendant environ quatre mois.
41. Deuxièmement, il semblerait que ces six
personnes pourraient se trouver en détention provisoire sans être
soupçonnées d'avoir commis une infraction quelconque au regard de
la législation pénale vietnamienne, dans la mesure où les
autorités, au dire du Gouvernement lui-même, n'ont pas achevé le
processus d'identification des violations de la loi commises par
ces personnes, ce qui, en application de la catégorie I, ne serait
pas loin de conférer à leur détention un caractère arbitraire en
tant qu'elle serait sans base légale. La réponse du Gouvernement
n'indique pas «les lois en vigueur au Viet Nam» auxquelles ces
personnes auraient porté atteinte ni comment l'arrestation, le
placement en détention et l'instruction auraient pu être effectués
«d'une façon conforme à la pratique internationale». Le Groupe de
travail se serait attendu à une description plus détaillée au vu de
l'allégation de la source transmise au Gouvernement selon laquelle
Mme Pham Thanh Nghien avait en fait été accusée, en vertu de
l'article 88 du Code pénal, de «faire de la propagande contre la
République socialiste du Viet Nam».
42. Étant donné que le Gouvernement ne précise pas
la nature des éventuelles accusations concernant des infractions
prévues par l'article 88 et, le cas échéant, d'autres dispositions
pénales, ni les actes qui auraient pu donner lieu à ces
accusations, le Groupe de travail considère que les actes pour
lesquels les six hommes et femmes sont détenus sont bel et bien
ceux qui sont décrits dans la communication de la source, à savoir
l'organisation d'une manifestation et la tentative faite pour y
participer. Le Groupe de travail conclut que ces actes ne relèvent
que de l'exercice pacifique du droit à la liberté de réunion et du
droit à la liberté d'opinion et d'expression, qui sont garantis par
les articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de
l'homme et les articles 19 et 21 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques.
43. Sur la base des informations disponibles, qui
n'ont pas été contestées par le Gouvernement, le Groupe de travail
conclut que la détention de M. Van Troi, de M. Xuan Nghia, de Mme
Thanh Nghien, de M. Vu Hung, de Mme Ngo Quynh et de M. Van Tuc est
arbitraire et relève de la catégorie II. Les conséquences des
mesures prises par le Gouvernement sont particulièrement graves
pour M. Vu Hung car il aurait été renvoyé de son poste d'enseignant
du secondaire.
44. À la lumière de ce qui précède, le Groupe de
travail rend l'avis suivant:
a) La détention de M. Nguyen Hoang Hai, de M. Pham
Van Troi, de M. Nguyen Xuan Nghia, de Mme Pham Thanh Nghien, de M.
Vu Hung, de Mme Ngo Quynh et de M. Nguyen Van Tuc est arbitraire,
en ce qu'elle contrevient aux articles 9, 19 et 20 de la
Déclaration universelle des droits de l'homme et aux articles 9, 19
et 21 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques, et relève de la catégorie II des critères applicables à
l'examen des cas soumis au Groupe de travail;
b) La détention de M. Nguyen Viet Chien et de M.
Truong Minh Duc est arbitraire, en ce qu'elle contrevient aux
articles 9 et 19 de la Déclaration universelle des droits de
l'homme et aux articles 9 et 19 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, et relève de la catégorie II des
critères applicables à l'examen des cas soumis au Groupe de
travail;
c) La détention de M. Nguyen Van Hai est
arbitraire entre la date de son arrestation, le 12 mai 2008, et
celle de sa libération consécutive à sa condamnation à une peine de
«rééducation sans détention», le 15 octobre 2008, en ce qu'elle
contrevient aux articles 9 et 19 de la Déclaration universelle des
droits de l'homme et aux articles 9 et 19 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, et relève de la catégorie
II des critères applicables à l'examen des cas soumis au Groupe de
travail.
45. En conséquence, il est demandé au Gouvernement
vietnamien de prendre les mesures nécessaires pour remédier à la
situation de M. Nguyen Hoang Hai, de M. Nguyen Viet Chien, de M.
Truong Minh Duc, de M. Pham Van Troi, de M. Nguyen Xuan Nghia, de
Mme Pham Thanh Nghien, de M. Vu Hung, de Mme Ngo Quynh et de M.
Nguyen Van, et la mettre en conformité avec les normes et principes
inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et
le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
46. Étant donné les conséquences dramatiques que
la dureté de ses conditions de détention auraient eu sur l'état de
santé de M. Truong Minh Duc, fait qui n'est pas contesté par le
Gouvernement, et le caractère particulièrement arbitraire de sa
détention, la seule action corrective appropriée serait, de l'avis
du Groupe de travail, de le remettre en liberté sans délai.
Adopté le 5 mai 2009
10E/CN.4/1993/24, p. 17.
11E/CN.4/2004/3/Add.1, par. 17.